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 [Fiction] Hors du monde

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Jurii
Fondatrice-Kitsune


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MessageSujet: [Fiction] Hors du monde   Mer 31 Oct 2012 - 21:54

Voici une petite histoire fictive que j'ai écrite il y a 3 ans maintenant.
Je l'avais publiée il y a longtemps sur un forum, qui a fermé depuis...
Je posterais chapitre par chapitre parce que ça va faire long à lire d'un coup (et aussi parce que c'est pénible à mettre, et que je suis en mode "pascourageusepourdeuxsous" aujourd'hui)


Et je m'excuse d'avance pour la maladresse de mon style littéraire, à ma décharge, cette fiction est la première que j'ai écrite...




Petite fiche de présentation ~

Genres : famille, amour/amitié, vie scolaire, psychologie, tragédie
Nombre de chapitres : 7
Résumé : Minako est une jeune lycéenne tout ce qu'il y a de plus banal à l'extérieur, mais à l'intérieur, elle s'est toujours sentie incomprise. Récemment son mal-être s'est apaisé grâce à son petit-ami Takashi, mais un évènement tragique va venir bouleverser ce fragile équilibre...










Hors du monde




Chapitre 1 :

Le réveil sonne, il est 7H00. Une main s’abat brutalement dessus pour en arrêter la musique aigüe.
- Hummm…
Une tête échevelée émerge doucement de l’amas de couvertures, un bâillement se fait entendre :
- Ouaaaaa, déjà le matin…Pfff je vais rester encore un peu au lit…
- Minako lève toi, tu vas être en retard ! Dépêche-toi, le petit déjeuner est prêt !
Voici Sawaka Minako, 17 ans, lycéenne. Sa vie est on ne peut plus ordinaire, elle a des notes moyennes et est un peu paresseuse à l’école. En revanche, elle déborde d’énergie avec ses amis. Ses passions aussi sont ordinaires : la mode et son petit copain.
La voix que l’on vient d’entendre est celle de sa mère, qui comme tous les matins, est obligée de se substituer au réveil.
- Oui c’est bon, j’arrive… marmonne-t-elle.

Minako finit par se lever et se rendre à la salle de bain.
"Ah mes cheveux sont complètement emmêlés…"
Ses longs cheveux noirs pendaient négligemment sur ses épaules et des mèches ébènes venaient dissimuler ses yeux d’un vert profond.
Après avoir enfilé son uniforme elle descend d’un pas lourd les escaliers menant à la cuisine.
- Enfin, c’est pas trop tôt, l’accueille sa mère. Je n’arrive pas à croire que tu sois l’aînée de cette maison, Hiyo n’a pas besoin que je l’appelle pour se lever elle.
Sawaka Hiyoko est sa petite sœur, elle a 14 ans et va au collège. Contrairement à Minako elle est beaucoup plus calme et étudie sérieusement à l’école. Physiquement pourtant la ressemblance est frappante, les mêmes cheveux, les mêmes yeux et presque la même silhouette.
- Onee-san a toujours été comme ça, c’est pas nouveau, déclare Hiyoko d’une voie monotone tout en croquant une tartine.
- Venant de toi j’arrive pas à savoir si cette remarque est ironique ou non…soupire Minako en s’asseyant à table.

Ayant finit de prendre son petit déjeuner, Minako met ses chaussures, saisit son sac et lance un joyeux :

- J’y vais, à ce soir !

Elle trottine allègrement sur le chemin de l’école aux côtés de sa sœur, qui elle, marche d’un pas plus mesuré. Non pas que Minako soit heureuse de se rendre en cours, c’est simplement parce que le lycée est l’endroit où elle peut passer le plus de temps avec son petit ami.
Au bout de 20 minutes de marche, la voilà enfin arrivée devant son école :

- On se retrouve à la maison ce soir Hiyo !
- D’accord et sois attentive en cours.
- Ah ! Arrête, j’ai l’impression d’entendre maman ! Je suis ta grande sœur, alors ce n’est pas à toi de me dire ce que je dois faire, ronchonna Minako en fronçant les sourcils.
- Si je te le dis c’est pour ton bien, vu les notes que tu as ramenées dernièrement, tu ferais bien de faire attention. Ça serait dommage que maman te prive de sorties pour t’obliger à étudier.
- Oui oui, ne t’inquiè…

Une voix retentie alors :

- Minako-chan !

Une jeune fille aux cheveux courts et à l’aspect énergique se précipite en courant vers les deux sœurs.

- Ah Ayumi-chan ! s’exclame Minako. T’es bien énergique du matin !

- Ah ah, c’est sûr que je le suis plus que toi, rétorque Ayumi dans un éclat de rire.
Puis se tournant vers Hiyoko :
- Bonjour Hiyo-chan !
- Bonjour Ayumi-senpai.

Minako profite de ce moment de calme pour saisir le bras d’Ayumi et lancer à sa sœur :

- Bon Hiyo j’y vais, je veux pas être en retard. À ce soir !

Elle s’éloigne rapidement en direction du hall, toujours accrochée au bras d’Ayumi.
Alors qu’elles changent de chaussures cette dernière demande :

- Tu étais encore en train de te disputer avec Hiyo-chan ?
- Qu’est ce que tu veux dire par "encore" ?? C'est pas ma faute, elle me fait tout le temps des reproches ! Elle ressemble de plus en plus à notre mère, à vouloir diriger ma vie !
- Tu sais, je pense surtout qu’elle s’inquiète pour toi.
- Oh laisse tomber, tu peux pas comprendre de tout façon, lance Minako tout en s’éloignant en direction de la classe.

"C’est vrai Ayumi ne peut pas comprendre, personne ne le peut. Ça a toujours été comme ça, on y peut rien. Tout le monde me prend pour gentille écervelée, pourtant c'est pas comme si je ne voulais pas travailler mes cours sérieusement. C’est juste que je n’y parviens pas, ça ne m’intéresse pas. À bien y repenser, jamais rien ne m’a réellement passionnée… C’est un peu comme si je vivais ma vie dans une bulle, et les autres en dehors."

Devant la salle de classe Minako prend une profonde inspiration pour chasser ses pensées moroses.

"Allez, du nerf ! C’est pas le moment de se prendre la tête, surtout que je vais avoir la chance d’admirer Takashi-kun jouer au foot en sport aujourd’hui !"

Okida Takashi est dans la même classe que Minako et ils sortent ensemble depuis 6 mois maintenant. Ils se sont rencontrés lors du transfert de Takashi en début d’année, il est venu se déclarer à elle 1 mois après. Minako avait alors accepté timidement sa demande, mais depuis cette timidité l’a quittée et ils filent le parfait amour.

- Bonjour tout le monde ! lance Minako avec un grand sourire en rentrant dans la classe.
- Bonjour Sawaka-san, lui répondent les élèves déjà présents.
- Salut Minako-chan, tu es bien souriante ce matin.

Celui qui a prononcé cette phrase n’est autre que Takashi, un léger sourire aux lèvres et négligemment appuyé sur le rebord de la fenêtre.
Ses cheveux courts, éclaircis par une teinture retombaient avec légèreté sur son front et ses yeux d’un noir corbeau fixaient Minako avec intensité.

- Takashi-kun, je suis toujours souriante le matin, rétorque-t-elle avec une moue faussement boudeuse.

Elle s’avance vers sa table, par chance sa place n’est que deux rangs derrière celle de Takashi. Elle peut ainsi admirer son profil rêveur lorsqu’il regarde par la fenêtre.

"C’est bien d’ailleurs la seule chose d’intéressante qui se passe en cours…"

La sonnerie retenti et Hanazaki-sensei rentre dans la salle :

- Tout le monde à sa place, je commence l’appel.






Chapitre 2 :
- C’est tout pour aujourd’hui, vous finirez le reste chez vous pour demain. dit Hanazaki-sensei en rangeant ses documents.

Minako s’étire en retenant un gémissement de soulagement.

- Tu as trouvé ce cours si ennuyeux que ça ? demande Takashi qui l’avait rejointe.
- Parce que toi il t’a passionné peut-être ? répond-elle en souriant.
- Ah ah, c’est pas faux !

Takashi s’assoit sur le rebord de la table de Minako.

- T’es occupée après ?
- Non du tout.
- Ça te dirait d’aller quelque part ?
- Bien sûr ! Où ?
- Surprise, je ne t’en dis pas plus ! dit Takashi avec un sourire taquin, tout en inclinant légèrement la tête sur le côté.

Minako prend son sac et descend en direction des casiers à chaussures, accompagnée de son petit ami. Après qu’ils aient fini tous deux de mettre leurs chaussures de ville, ils se dirigent vers la sortie en discutant de la performance des garçons en cours de sport.
Tout en continuant de parler, Takashi saisit délicatement la main de Minako dans la sienne.
Elle lève alors la tête vers lui et admire son visage tout en resserrant également ses doigts autour des siens.

"Finalement je suis chanceuse, encore une fois Takashi-kun a vu que je n’avais pas envie de rentrer chez moi tout de suite. C’est toujours comme ça, sans que j'aie besoin de prononcer un mot, il devine mes désirs. Il est la première personne à me comprendre à ce point. Je me suis toujours forcée à sourire en toute situation, à faire comme si les opinions des autres à mon sujet ne m’atteignaient pas. Peut-être parce que j’ai peur d’être rejetée. Cette sensation d’être emprisonnée dans une bulle m’empêche de me dévoiler telle que je suis et me pousse à m’isoler des autres. Takashi-kun est le seul à avoir réussi à pénétrer dans ma bulle. Je me demande si c’est cela qu’on appelle « trouver sa moitié » ?"

- Quelque chose ne va pas ? Tu es bien silencieuse depuis un moment, demande Takashi en la couvant d’un regard inquiet.

Cette remarque tire Minako de ses pensées et elle se rend compte qu’ils sont arrivés dans une partie de la ville où fleurissent entrepôts et immeubles abandonnés.

- Ah désolée, j’étais dans les nuages, dit-elle avec un petit sourire rassurant. Où sommes-nous ?
- Presque à la sortie de la ville, tu vois si tu regarde par là tu peux voir le pont du sud. répond Takashi en pointant du doigt le fleuve visible à quelques mètres. C’est un ancien petit quartier qui a été délaissé suite à la construction des grosses entreprises dans le quartier nord. Du coup les gens ont déménagé dans les nouveaux immeubles et cette zone a été laissée à l’abandon.
- C’est un peu… oppressant comme atmosphère…
- Je me doutais que tu dirais ça, s’exclame Takashi dans un éclat de rire.

Il se mit alors à marcher d’un pas rapide en direction d’un immeuble en ruine, tout en tirant Minako derrière lui.

- Hé attends, on a vraiment le droit d’être ici ? demande-t-elle d’un ton peu rassuré.
- Ne t’inquiète pas, personne ne vient ici.

Takashi entraîne Minako jusqu’au toit de l’immeuble.
Le spectacle qu’elle découvre alors la cloue sur place. Devant ses yeux, dans la lumière du soleil couchant, la ville s’étend à perte de vue. Les immenses vitres des buildings reflètent le ciel, les parant ainsi d’une robe cuivrée, autour desquels dansent et virevoltent des oiseaux dans une sorte de ballet grandiose. Les lumières des panneaux publicitaires et des voitures donnent à l’ensemble des touches de couleurs que l’on croirait tout droit sorties d’un monde féérique. Les mouvements de l’eau du fleuve renforcent cette impression d’irréel, seul un petit bateau est là pour rappeler le réalisme de la scène. Au loin les lumières du pont scintillent, du point de vue de Minako il ressemble à l’une des ces architectures reliant différents mondes entre eux. Les bruits assourdissants que l’on entend en ville sont à peine portés jusqu’ici par le vent.

"C’est comme si le monde s’était accordé à moi…Cet immeuble en ruine est comme moi, dans une sorte d’espace différent des gens normaux. Pourtant au lieu d’être oppressée comme d’habitude, je me sens apaisée…"

- Alors, comment tu trouves le spectacle ? demande Takashi.
- C’est magnifique, j’ai du mal à croire que nous sommes si proches de la ville. On se croirait dans un endroit complètement différent…
- N’est-ce pas ? J’étais sûr que ça te plairait. En tout cas je suis content d’avoir réussi.
- Réussi quoi ? dit Minako en se retournant vers lui.
- À te faire sourire. Quand tu es rentrée en classe ce matin tu n’avais pas l’air bien. Je voulais juste faire quelque chose pour toi, répond Takashi en l’enlaçant.

"Incroyable, alors même que je pensais ne rien avoir laissé paraître, Takashi-kun a tout de suite ressentit mon malaise après ma dispute avec ma sœur. Lorsque je suis avec lui c’est comme si je n’avais plus à m’inquiéter de rien, c’est la première fois que je ressens ce sentiment de sécurité…"

- Merci Takashi-kun, je vais bien maintenant, dit Minako en l’enlaçant à son tour.

Au sommet de cet immeuble délabré, ce couple qui se tient dans les bras l’un de l’autre ne se doute absolument pas du destin tragique qui leur est réservé.






Chapitre 3 :
Le lendemain matin Minako arrive en courant dans sa classe, pile au moment où la sonnerie retentit. Ayumi l’interpelle :

- Salut Minako-chan !
- Salut Ayumi-chan, Hanazaki-sensei est en retard ? demande Minako en s’installant à sa place.
- Apparemment oui, c’est plutôt rare.
- Pas grave, au moins ça nous fait perdre un peu de temps pour les cours.
- Ne dis pas des choses comme ça, rétorque Ayumi en fronçant les sourcils. Pour qu’Hanazaki-sensei soit en retard c’est qu’il a du se passer quelque chose de grave.
- Tu te fais des films, dit Minako en éclatant de rire. Je suis plus contrariée par l’absence de Takashi-kun que par celle du prof.
- Ah c’est vrai, je n’avais pas vu qu’il n’était pas là. Il est malade ?
- Non, il allait bien quand on s’est quittés hier soir. Peut-être qu’il a juste eu envie de sécher les cours.

Au même moment la porte s’ouvre et Hanazaki-sensei rentre dans la salle. Son visage est d’une pâleur effrayante et lorsqu’il prend la parole, on entend clairement sa voix trembler.

- Je vous demande d’écouter tous attentivement ce que je vais vous dire et de garder votre calme. Je viens de recevoir un appel de la famille d’Okida Takashi-kun.

Hanazaki-sensei marque une pause, le temps d’avaler sa salive avec difficulté.

- En rentrant chez lui hier soir il a été victime d’un accident, une voiture l’a renversé. Il est actuellement à l’hôpital dans un état critique et les médecins ne peuvent pas se prononcer sur son pronostic vital.

Blanc.
C’est la couleur qui vient d’envahir l’esprit de Minako. Un blanc éblouissant, l’empêchant de réfléchir calmement. C’est comme si toutes ses pensées venaient d’être déconnectées, son corps refuse de bouger, ses lèvres refusent de parler.
Alors que l’agitation s’empare de la classe, elle, reste assise. Incapable d’avoir la moindre réaction.
Comme si la bulle qui l’entoure était devenue tout à coup opaque, plus rien ne filtre. Elle n’entend plus rien, elle ne voit plus rien.

Et tout d’un tout, cette bulle éclate. Minako se lève et hurle son désespoir de toutes ses forces, toujours incapable de réfléchir. Les questions se bousculent dans sa tête :

"Pourquoi ? Comment ? Quand ? C’est impossible, impossible !!"

Ensuite c’est le noir. Le noir profond, insondable. Le noir qui vous prive de toute sensation, de toute émotion. Celui qui vous coupe du monde. Ce noir dévastateur.

Minako s’écroule à terre et s’évanouit.






Chapitre 4 :
Un an est passé depuis l’accident de Takashi. Aujourd’hui Minako est élève à l’université, dans la section économie. Non pas que cela lui plaise mais sa famille a insisté pour qu’elle poursuive ses études.
Takashi quand à lui est toujours dans le coma à l’hôpital. Son état est stationnaire mais les médecins ignorent si il se réveillera un jour. Malgré ça, Minako lui rend visite 3 fois par semaine. Elle est toujours restée à ses côtés, sans jamais faillir. La seule chose qui lui permet de tenir est l’espoir qu’il se réveille enfin.
Aujourd’hui justement c’est jeudi, son deuxième jour de visite de la semaine.

Arrivée à l’accueil de l’hôpital, Minako est saluée par une infirmière :

- Ah Sawaka-san tu es encore venue ! Tu es bien courageuse, avec toute cette pluie qui tombe.
- Si je ne viens pas aujourd’hui, je ne reverrais pas Takashi-kun avant samedi.
- C’est vrai, ce garçon a bien de la chance de t’avoir pour petite amie. Beaucoup d’autres auraient fini par abandonner.

Minako se contente de sourire à cette remarque et s’éloigne d’un pas rapide.

"Comment pourrais-je abandonner ? Takashi-kun va s’ennuyer si je ne viens pas le voir. Et puis ce n’est pas comme si je me sacrifiais, il est la seule personne à me comprendre, alors ce que je fais est normal. De toute façon, que pourrais-je faire d’autre ? Je n’ai rien dans ma vie, ni passion, ni intérêts, aucune activité…"

Devant la chambre 178 elle marque un temps d’arrêt. Elle déteste ce numéro.

"Pourquoi Takashi-kun doit-il être dans cette chambre ? Ces chiffres vont finir par nous porter malheur. Je suis sûre que c’est à cause de ça qu’il ne s’est pas encore réveillé."

17, l’âge auquel Takashi a été victime de son accident.
8, le chiffre représentant l’infini.
Pour Minako cette mauvaise combinaison lui donne l’impression de vouloir dire que la vie de Takashi s’est arrêtée définitivement à ses 17 ans.
Malheureusement c’est quelque chose qu’elle ne peut confier à personne, sa "bulle" l’en empêche.

"De toute façon personne ne peut comprendre. Takashi-kun lui il sait, je suis sûre que lui aussi déteste ces chiffres."

Minako ouvre la porte et rentre dans la chambre.
Le bruit régulier des machines résonne dans la pièce.
Au centre d’un enchevêtrement de tuyaux, un lit avec en son centre le corps fragile d’un jeune homme.

- Bonjour Takashi-kun, lance Minako avec un sourire. Comment vas-tu aujourd’hui ?

Elle tire une chaise et s’installe à côté du lit.
Le Takashi maigre et pâle allongé devant elle n’a plus rien de commun avec l’ancien, énergique et joyeux. Tout son être dégage une impression de fragilité. S’il n’y avait pas ce léger mouvement de poitrine au rythme de ses faibles respirations, on aurait pu le croire mort.

- Il pleut à verse, j’ai même faillit être éclaboussée par un bus en venant !

Pendant de longues minutes Minako parle à Takashi. Elle lui parle de tout et de rien, de ses cours, de sa petite sœur dont les notes font la fierté de leurs parents, des actualités, et même du petit restaurant de ramens qui vient d’ouvrir à quelques pas de leur ancien lycée.
Elle s’interrompt tout à coup…

- Dis Takashi-kun, tu ne vas pas partir hein ? Tu ne vas pas m’abandonner ?

Elle marque une pause, puis reprend :

- Je t’attends tu sais. J’attends que tu ouvre enfin les yeux. Le monde est vide sans toi, seul l’ennui est présent. Tu es le seul qui puisse me comprendre, tu es le seul qui me rattache à ce monde…Si tu pars, il ne me reste plus rien…

Les larmes coulant sur ses joues, elle fixe désespérément Takashi dans l’attente du moindre geste de sa part.
Mais rien ne vient. Comme depuis maintenant un an, il ne montre aucun signe de réaction.

- Même si tu ne bouge pas, je suis sûre que tu m’entends. reprit Minako d’une voix étranglée par les pleurs. S’il te plaît…S’il te plaît ne t’en vas pas…

Tenant sa main dans la sienne, elle laisse tomber sa tête sur le lit pour pleurer de tout son saoul.
Une fois calmée, elle se lève et dit :

- Je reviens samedi, pour l’instant je dois partir.

Alors qu’elle s’apprête à franchir la porte elle se retourne et lance une dernière supplication :

- Je t’attendrais toujours Takashi-kun alors s’il te plaît, fais de ton mieux pour revenir rapidement.

Les jours restant passèrent avec monotonie, comme si ce fameux samedi se plaisait à se faire désirer. Pour Minako, en dehors de ces quelques heures de visite rien n’a d’intérêt.
Enfin ce jour tant attendu.

"Aujourd’hui c’est sûr il va se réveiller, je le sens."

Alors qu’elle s’approche de la chambre de Takashi, elle remarque une vive agitation devant la porte de ce dernier.
Sans plus réfléchir, elle lâche son sac et se précipite en courant.







Chapitre 5 :
Elle rentre en trombe dans la chambre et découvre la mère de Takashi effondrée au sol, pleurant toutes les larmes de son corps. Le père remarque la présence de Minako et s’avance vers elle. D’une voix faible il lui dit :

- Minako-chan je suis désolé…Tu n’aura plus à venir désormais, c’est fini. Merci d’avoir pris soin de lui durant tout ce temps…

Minako ne parvient pas à comprendre, la confusion règne dans son esprit :

- Que voulez-vous dire ? dit-elle en regardant autour d’elle sans parvenir à fixer son regard. Si je ne viens pas Takashi-kun va penser que je l’abandonne…

À ces mots, les pleurs de la mère de Takashi redoublèrent.

- Minako-chan, reprit le père dont la voix tremble de plus en plus, Takashi vient de nous quitter. Son état s’est brusquement dégradé pendant la nuit et les médecins n’ont pas pu le réanimer.

Refusant de croire en ce qu'elle venait d'entendre, Minako se précipite vers le lit.
Personne.
Le lit est vide, les infirmières viennent d’emmener le corps.

"Impossible… Il allait se réveiller… Il ne peut pas m’avoir abandonnée, pas lui !"

Pour la deuxième fois de sa vie, elle se sentie tomber dans les profondeurs du désespoir.
Incapable de prononcer le moindre mot elle se mit à courir frénétiquement pour sortir de l’hôpital.
La pluie tombe toujours fortement, Minako continue sa course sans s’arrêter.
Ses jambes finissent par se dérober sous elle, elle tombe à genoux et se met à hurler et à pleurer.

"Plus rien, je n’ai plus rien !!"








Chapitre 6 :
8 mois. C’est le temps qui s’est écoulé depuis le décès de Takashi.
Aux yeux de tous, il semble que Minako ait fini par réussir à surmonter cette épreuve.
Elle va toujours à l’université, et s’est même fait de nouveaux amis.
Pourtant il lui arrive de tenir des propos incohérents, des propos que personne ne parvient à comprendre. Sa famille ne s’inquiète malgré tout pas outre mesure, ils pensent que le temps finira par la guérir complètement.

- Je suis rentrée, lance Minako en ouvrant la porte de chez elle.
- Bon retour à la maison Minako, réponds sa mère.
- Que se passe-t-il ? interroge Minako en remarquant ses parents tout sourire auprès de sa petite sœur.
- Tu ne devineras jamais ! dit son père. Hiyo a gagné le concours inter-lycées régionnal de littérature grâce à la nouvelle qu’elle a écrite ! Elle peut désormais participer au concours de niveau national ! C’est fantastique !
- Hiyo est tellement en avance pour son âge ! continue sa mère.

Hiyo quand à elle fixe sa sœur, comme si elle attend quelque chose de sa part.

-Ah c’est bien Hiyo, dit Minako en se forçant à sourire. C’est vraiment génial, mais ça ne m’étonne pas de toi, après tout on ne se ressemble vraiment pas.

À ces mots le regard d’Hiyo s’assombrit légèrement :

- Onee-san tu as beaucoup de qualités toi aussi…
- Bien sûr que non, rétorque Minako. Tu es la fierté de la famille, on le sait tous. Ce n’est pas la peine d’essayer de me remonter le moral, je suis vraiment contente pour toi tu sais. Je monte dans ma chambre.

En passant près de sa sœur, Minako lui ébouriffe gentiment les cheveux.

"Moi aussi j’ai des qualités…Ben voyons."

Elle s’affale sur son lit et replie son bras sur ses yeux, tout en s’allongeant sur le dos.

"Je déteste quand Hiyo prend pitié comme ça, qu’est ce que c’est que cette habitude de chercher à me consoler à chaque fois que nos parents la félicite ? De toute façon, nous savons toutes les deux parfaitement que je suis un poids pour la famille. À les voir tout les 3 groupés en train de fêter ce concours, il est évident que je n’ai pas ma place parmi eux. C’est normal, je n’ai pas de notes excellentes, pas de don particulier et encore moins de motivation pour faire quoi que ce soit. Mais est-ce vraiment ma faute si le monde est ennuyeux à ce point ? Pourquoi devrais-je m’investir dans quelque chose qui n’a aucun intérêt ?
Personne ne comprend.
Cette bulle dans laquelle je suis, une seule personne a réussit à y rentrer. Mais maintenant il n’est plus là. Pourtant je suis sûre qu’il va revenir, Takashi-kun va forcément me rejoindre un jour.
Il n’est pas parti parce qu’il le voulait, c’était uniquement à cause de ce nombre, 178."

Alors que des pensées de plus en plus incohérentes lui traversent l’esprit, Minako se redresse tout d’un coup.

"Je ne veux pas être ici."

Elle saute de son lit, descend l’escalier à toute vitesse et enfile son manteau.

- Où est-ce que tu vas à cette heure-ci, lui demande sa mère qui vient de sortir de la cuisine.
- Ah… Euh… Je vais réviser chez une amie, on a un projet à rendre pour demain. répond Minako avec un sourire.
- Oh, on n’y peux rien alors… Fais bien attention à toi, et appelle à la maison quand tu auras fini. Ton père ira te chercher, c’est plus prudent et ça évitera que tu sois fatiguée.
- D’accord maman, j’y vais alors.
- À ce soir ma chérie.

Minako ferme la porte et commence à marcher dans la ville sans avoir de véritable but.
Le soleil décline de plus en plus et les lumières commencent à s’allumer un peu partout.
Elle erre ainsi pendant longtemps, entourée par une foule de gens et par les bruits assourdissants s’échappant des voitures et des écrans géants sur lesquels défilent les publicités.

"J’étouffe… J’étouffe… Je veux un endroit calme… Je n’en peux plus de cette sensation…"

C’est alors qu’une idée lui vient.

"C’est vrai, je n’ai qu’à retourner dans le quartier abandonné au sud de la ville ! J’irais mieux si je vais là-bas, peut-être même que je pourrais voir Takashi-kun…"








Chapitre 7 :
Au pied de l’immeuble en ruine sur lequel Takashi et elle s’étaient tendrement enlacés presque 2 ans auparavant, Minako s’arrête et lève les yeux pour le contempler.
L’immense silhouette noire se dresse dans la pénombre, presque menaçante.
Pourtant elle n’en est pas effrayée, la seule chose que ressent Minako en cet instant est l’espoir.
L’espoir de se sentir apaisée une fois arrivée au sommet, l’espoir que Takashi l’y attende.
Car elle est persuadée qu’il va revenir.

Elle gravit les étages maladroitement, le manque de lumière la faisant trébucher de nombreuses fois.
La voici enfin arrivée devant la porte qui s’ouvre sur le toit, Minako en saisit la poignée et l’ouvre brusquement.
Le toit est désert.

"Pourquoi Takashi-kun ? Je pensais que tu serais là…"

Elle s’avance lentement jusqu’au bord du toit pour contempler le paysage, au loin les lumières de la ville scintillent comme des myriades d’étoiles. Un vent frais souffle et balaye ses cheveux de son front.

"C’est différent de la première fois. Je pensais qu’une fois ici je me sentirais moins oppressée, finalement je me sens juste isolée. Est-ce parce que Takashi-kun n’est pas là ?"

Minako laisse son regard se perdre au milieu de l’agitation de la ville.

"Les gens qui se trouvent là-bas vivent tous ensemble, même si ils ne se connaissent pas, ils font partis d’un Tout. Pourquoi pas moi ? Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à trouver ma place ? Pourquoi suis-je constamment mal à l’aise ? Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à sortir de cette bulle ?"

Pendant de longues minutes elle reste immobile, le regard fixe.

"J’ai compris… C’est parce que je suis hors du monde… Ce monde n’est pas le mien alors je ne peux pas m’y sentir bien. C’est pour ça que Takashi-kun est parti, ce n’était pas son monde non plus…"

Elle prend une profonde inspiration.

"Hors du monde, c’est ça… J’ai enfin trouvé ma réponse… Dans ce cas c’est à moi de te rejoindre Takashi-kun, c’est sûrement ce que tu veux. Pardonne-moi de t’avoir fait tant attendre…"

C’est alors que Minako se penche en avant, écarte les bras et se jette dans la vide.
CRAC.
Le bruit des os brisés résonne durement dans le quartier vide, une douleur atroce parcourt le corps de Minako. Alors que son sang s’échappe de son corps, les larmes se mettent à couler sur son visage.

"C’est douloureux… Alors c’est ça la sensation que l’on ressent lorsqu’on abandonne ce monde… Finalement…"

La vie vient de quitter ses yeux. Pour elle tout est fini.








Épilogue :
Plusieurs jours plus tard, le corps de Minako est découvert par des policiers chargés d’enquêter sur sa disparition.

- Et bien, malgré nos efforts nous sommes arrivés trop tard, dit un inspecteur de police en regardant le corps disloqué de la jeune fille. Vu le profil psychologique et la cause de la mort, je penche pour un suicide mais on va quand même monter pour essayer de trouver des preuves. L’hypothèse de l’agression me paraît peu probable, mais on ne sait jamais.

Un policier penché sur le corps de Minako appelle alors :

- Inspecteur, venez voir c’est étrange !
- Qu’y-a-t-il ?

Alors que l’inspecteur se penche à son tour sur le corps pour regarder ce que lui désigne son collègue, ses yeux s’écarquillent d’incrédulité.

Au milieu du sang, de la poussière et des traces de larmes, on distingue clairement un sourire sur le visage de Minako.
Un sourire apaisé.




FIN

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Dernière édition par Jurii le Jeu 8 Nov 2012 - 14:47, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: [Fiction] Hors du monde   Jeu 1 Nov 2012 - 13:26

J'adore !!!
A quand la suite ???
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Jurii
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MessageSujet: Re: [Fiction] Hors du monde   Jeu 1 Nov 2012 - 15:06

Aujourd'hui, j'ai mis le 2ème chapitre à la suite

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MessageSujet: Re: [Fiction] Hors du monde   Jeu 1 Nov 2012 - 19:06

J'aime j'aime !!! Non j'adore même !! tu est douée Jurii
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MessageSujet: Re: [Fiction] Hors du monde   Ven 2 Nov 2012 - 23:28

Ajout du 3ème chapitre, il est pas bien long

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MessageSujet: Re: [Fiction] Hors du monde   Dim 4 Nov 2012 - 22:48

Et hop, 4ème chapitre ajouté !

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MessageSujet: Re: [Fiction] Hors du monde   Dim 4 Nov 2012 - 23:01

Arrrgghh!! Non Jurii tu n'a pas le droit de couper la fin du chapitre 4 comme ça!! C'est injuste !!
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MessageSujet: Re: [Fiction] Hors du monde   Dim 4 Nov 2012 - 23:09

Raaaah, mazette quelle exigence...
Bon, voici le 5ème chapitre, et c'est bien parce que c'est toi (et parce qu'il est très court aussi, donc rapide à poster) !
C'est tout pour ce soir

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MessageSujet: Re: [Fiction] Hors du monde   Dim 4 Nov 2012 - 23:12

Merci Jurii
Moi exigeante!!!Mais pas du tout!!!Enfin peut être un peu quand même ^^
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MessageSujet: Re: [Fiction] Hors du monde   Mer 7 Nov 2012 - 15:08

Chapitre 6 out~

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